Franchement endettés

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cgelinas
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Franchement endettés

Message par cgelinas » 03 mars 2016, 11:03

Source: Yanick Marcil du Journal de Montréal, septembre 2015

Comme chaque trimestre, Statistique Canada nous a appris que le taux d’endettement des familles au pays s’était accru.

Le niveau d’endettement, mesuré comme la valeur de toutes les dettes par rapport au revenu annuel disponible (c’est-à-dire après impôts) s’établit maintenant à 164,6%. Autrement dit, pour chaque dollar de revenu net gagné, les Canadiens ont une dette de 1,65$. Ainsi, un ménage ayant des revenus après impôts de 40 000$ aura en moyenne une dette de 66 000$. Est-ce grave?

Les médias et commentateurs s’émeuvent souvent de cette donnée. Étonnamment, les économistes des principales banques canadiennes se sont montrés rassurants ces derniers jours. La Banque CIBC affirmant qu’il ne vaut «pas vraiment la peine de s’inquiéter de la capacité des ménages à traîner toute cette dette». Démêlons un peu les choses afin de voir s’il y a lieu de s’inquiéter, ou non.

Premier motif d’inquiétude, ce ratio d’endettement augmente constamment depuis plus de 25 ans, comme le montre le graphique suivant. Il y a lieu de s’inquiéter de cet accroissement de l’endettement. Alors que l’ensemble des dettes des ménages représentait 87% de leur revenu disponible en 1990, cette proportion a doublé depuis, l’augmentation étant presque continue. Ainsi, au deuxième trimestre de 2015, la dette des ménages s’est accrue de 1,8% alors que leur revenu disponible n’a augmenté en moyenne que de 0,8%.

Cela étant dit, il peut paraître un peu étrange de comparer l’endettement avec le revenu, comme le fait Statistique Canada. Que la dette des ménages augmente plus rapidement que leurs revenus constituerait une situation moins inquiétante si, d’une part, ils s’enrichissent plus rapidement et, d’autre part, que leur capacité à rembourser ces dettes ne se détériore pas. Dans le premier cas, pas d’inquiétude: l’avoir net des ménages (leurs actifs moins leurs dettes) est en croissance constante. En moyenne, donc, les familles canadiennes s’enrichissent.

En revanche, leur capacité à rembourser leurs dettes constitue un autre motif d’inquiétude. Le graphique suivant illustre une situation potentiellement dangereuse.

On y constate trois phénomènes importants:

1. À partir de la fin de 1997, la proportion du revenu des ménages consacré à rembourser leurs dettes hypothécaires (courbe bleue) est devenue moins importante que celle consacrée à rembourser leurs autres dettes (courbe verte). Autrement dit, la proportion de leur revenu après impôts dédiée au remboursement des cartes de crédit, des prêts personnels et autres prêts à la consommation dépasse maintenant celle de l’hypothèque. Cette situation est préoccupante, car l’hypothèque est considérée, à juste titre, comme un investissement: la valeur de la résidence s’accroît dans le temps et perdure pour des décennies – on ne peut évidemment pas en dire autant d’un prêt automobile et encore moins d’un voyage «tout inclus» qu’on a payé avec une carte de crédit.

2. Lorsqu’on additionne ces deux catégories de remboursement de dettes, on arrive en 2015 à une proportion de 14,1%. C’est donc dire que les ménages canadiens consacrent une part substantielle de leurs revenus au remboursement de leurs dettes. Quand on sait que les gouvernements actuels considèrent qu’un service de la dette de l’État de 10% est trop élevé, et justifie ainsi des coupes importantes dans les dépenses gouvernementales, on est en droit de s’inquiéter de la situation des ménages, d’autant qu’un gouvernement a des capacités d’emprunts et une pérennité que n’ont pas les individus. De plus, ce service de la dette des ménages était au début des années 1990 autour de 10% et n’a cessé d’augmenter depuis.

3. Finalement, on constate que depuis 2007, le service de la dette des ménages est demeuré relativement stable, ce qui est une bonne nouvelle. En revanche, comme on peut l’observer sur le graphique, depuis 25 ans les taux d’intérêt (courbes orangées, ici on présente les taux hypothécaires, mais les taux d’intérêt à la consommation suivent la même tendance) diminuent sans cesse, avec quelques hauts et bas. C’est particulièrement le cas depuis 2007. Qu’est-ce à dire? D’une part, les ménages canadiens consacrent année après année à peu près le même montant par rapport à leurs revenus pour rembourser leurs dettes. Par contre, d’autre part, puisque leurs dettes, elles, augmentent, c’est dire qu’ils sont piégés par les faibles taux d’intérêt. On s’endette davantage parce que ça ne nous coûte pas plus cher, étant donné que les taux d’intérêt sont à un bas niveau jamais vu.

On a donc potentiellement une bombe à retardement entre les mains. Il suffirait que les taux d’intérêt augmentent de manière substantielle pour que bien des ménages se trouvent coincés. Il ne s’agit pas de prétendre que nous faisons face à une situation catastrophique. Cependant, force est d’admettre qu’elle est préoccupante. Les familles augmentent leur endettement grâce aux taux d’intérêt historiquement faibles, parce qu’il ne leur en coûte pas plus cher, mais même une faible hausse des taux pourrait fragiliser la situation financière de bon nombre d’entre eux.

La question est donc: les taux augmenteront-ils? Bien malin celui qui pourrait prédire l’avenir. Par contre, une chose demeure certaine: ils ne peuvent pas descendre plus bas, ou si peu. Or, il y a des signaux qui pourraient laisser croire que les taux s’apprécient substantiellement à moyen terme. Depuis octobre dernier, la valeur du dollar canadien a chuté drastiquement, ce qui fait que le prix de nos importations a augmenté d’autant, suite à la baisse prononcée du prix du pétrole. Donc, les denrées alimentaires, les vêtements, les gadgets électroniques, mais aussi, et surtout, la machinerie nécessaire à faire fonctionner l’économie canadienne coûte beaucoup plus cher, depuis près d’un an. Tôt ou tard, cette hausse des prix se fera ressentir dans l’ensemble de l’économie et pourrait créer de l’inflation. La Banque du Canada serait alors dans l’obligation de relever son taux directeur (et donc s’en suivrait une hausse généralisée des taux d’intérêt) afin de mater cette inflation.

Ça n’est peut-être pas demain la veille, mais c’est là une possibilité. Conséquemment, nombre de ménages canadiens se retrouveraient pris à la gorge étant donné leur niveau d’endettement et pourrait s’ensuivre une débâcle économique importante, avec faillites à la carte, qui peuvent, comme on l’a vu dans le passé, créer des effets dominos.

Nous n’en sommes pas là. Mais la situation est tout de même très préoccupante. Nos économies carburent à cette drogue dure qu’est le crédit, nécessaire à sa croissance et donc à sa survie, et il n’est pas impossible qu’elle ne reçoive plus son fix dans un avenir pas si lointain.
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Claude Gélinas, Éditeur
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