PKP est-il un génie des affaires?

PKP est-il un génie des affaires?

Messagepar cgelinas » 17 Mai 2015, 16:43

PKP, génie des affaires?

Si l’on se fie à son programme et à son document « Propulser notre économie pour réussir », Pierre Karl Péladeau souhaite mettre à profit ses talents d’administrateur pour remettre le Québec sur les rails, nous faire prospérer, ce qui nous donnerait le goût de l’indépendance et la confiance qu’il nous manque pour aller plus loin.

Mais même au plan strict de ses réussites économiques, est-il si génial qu’on le pense? Plusieurs faits – rapportés par P. Dubuc dans l’Aut’Journal (que je citerai) – tendent à prouver que sa réputation est surfaite :

(1) Rappelons que PKP n’a pas construit son empire médiatique par lui-même, il a « hérité » d’un empire par l’intermédiaire de son père, et en a partagé la direction avec son frère Érik. Il n’est donc pas un bâtisseur « self-made » comme plusieurs le croient.

(2) Peu après le décès de son père en 1997, PKP prit les commandes de l’entreprise et amorça les années 2000 en achetant un grand nombre d’imprimeries, dont la santé financière était incertaine, « à un prix inférieur à leur valeur réelle croyant faire une bonne affaire ». On ne pourra pas dire que Pierre Karl fut un visionnaire à cet égard :

Ces décisions furent catastrophiques pour Quebecor World car le marché de l’imprimerie était tout simplement en train de s’effondrer. De plus, PKP avait reçu une offre d’achat de 5 millards $ en 2002 pour Quebecor World, qu’il déclina fièrement. Mais l’action qui valait 40$ continua de dégringoler jusque sous les 1$ en 2008! Quebecor World se plaça finalement sous la protection des lois de la faillite…

(3) Le coup le plus heureux de PKP fut l’acquisition de Vidéotron, en 2000. Il faut toutefois souligner à grands traits le rôle visionnaire de la Caisse de dépôt et de placement dans toute la genèse du succès de Vidéotron, notamment de 1980 à aujourd’hui : à chaque fois que l’entreprise déraillait, la Caisse était là pour la sauver et lui donner un nouveau souffle. C’est aussi grâce à elle si Vidéotron fut vendu à Québecor plutôt qu’à Rogers, car la Caisse y opposa son droit de veto pour s’assurer que l’entreprise demeure au Québec.

Ainsi, en 2000, Québecor acheta Vidéotron avec le support de la Caisse de dépôt et de placement qui s’engagea à débourser 2,2 milliards $ comptant en plus de sa participation dans Vidéotron, évaluée à 500 millions : « Il s’agit d’un montant sans précédent pour un investissement privé de la Caisse. Les deux partenaires se retrouveront à hauteur respective de 54,7% et 45,3% au sein de la nouvelle entité Quebecor Media, dont la valeur de départ est estimée à 8,7 milliards de dollars ».

Québecor acquiert par conséquent Vidéotron qui comprend déjà des chaînes télévisées, dont TVA et TQS, le service illico, un fournisseur d'accès à Internet, un réseau de fibre optique, etc. Le CRTC approuve la transaction mais exige la vente de TQS pour amoindrir le nouveau monopole médiatique qui se dessinait. Sans cette intervention providentielle de la part de la Caisse, Québecor n’aurait probablement jamais surmonté la faillite de Québecor World en 2008 : « Vidéotron apporte aujourd’hui 75% des profits de l’entreprise ».

Soulignons aussi les mérites d’Érik Péladeau, frère de Pierre Karl. Chez Québecor, le véritable avant-gardiste qui opéra un virage vers la télécommunication fut Érik, en mettant sur pied Quebecor Multimédia dès 1994 : « Pendant que PKP achetait des imprimeries en faillite en travers le monde, Érik apprivoisait les nouveaux médias et mettait en ligne le Journal de Montréal ».

(4) Alors que l’acquisition de Vidéotron endetta considérablement Québecor, et que les achats de PKP s’avéraient non rentables, il décida d’assainir les finances de l’entreprise en s’attaquant aux conditions de travail de ses employés-es. Affichant le leadership d’un tyran, PKP eut recours aux lock-out, aux scabs, aux mises à pied et fit pression sur les gouvernements pour limiter le droit à la syndicalisation.

(5) Plus récemment, on peut ajouter que Québecor « a raté le virage des canaux spécialisés et des services payants ». PKP croyait que les chaînes de télévision à vocation généraliste, comme TVA, était toujours la voie de l’avenir. Québecor tenta de se rattraper sur le tard, avec des chaînes spécialisées comme le Canal Argent et TVA Sports (maintenant déficitaire). Toutefois, la croissance est beaucoup plus du côté de la diffusion en mode continu (« streaming »), tel le service Netflix.

(6) En 1998, PKP avait acheté Sun Media pour 983 millions $, en s’exclamant : « It’s a big day for Canada ». Son père avait pourtant refusé d’offrir davantage que 411 millions, deux ans plus tôt. Précisons que la chaîne Sun News se distinguera ensuite au Canada anglais par ses positions haineuses envers le Québec et son soutien électoral au Parti conservateur de Stephen Harper. En 2015, Sun Media sera vendu pour 316 millions $, alors que le coût total avait été de 983 $ à l’origine plus 517 millions en 2007 (pour y ajouter Osprey). Les pertes totales dépasseront donc un milliard $.

(7) Enfin, on pourrait parler de l’affaire de l’amphithéâtre de Québec qui entrelaça les intérêts de PKP avec ceux des institutions publiques. Après avoir fait pression sur le PLQ, il obtint 200 millions $ pour la construction d’un amphithéâtre à Québec. « De son côté, le maire Labeaume se laisse séduire par la possibilité, autant hypothétique qu’improbable, de la venue d’une équipe de hockey de la LNH à Québec et engage l’argent de ses contribuables pour un montant de 187 millions $ dans cette aventure ».

« Québecor obtient la gestion du stade pour un montant de 63,5 millions $, s’il y a une équipe de hockey, mais de seulement 33 millions, s’il n’y en a pas. Pour mettre le contrat liant Québecor et la ville de Québec à l’abri de contestations judiciaires, PKP fait pression sur le Parti Québécois en moussant, à coups de reportages dithyrambiques, la campagne de François Legault pour la création d’un nouveau parti politique. Le Parti Québécois cède en présentant le projet de loi 204, provoquant une crise majeure, qui aurait pu mener à son éclatement, avec le départ des députés Lisette Lapointe, Louise Beaudoin, Pierre Curzi et Jean-Martin Aussant ».

Les fanatiques de Pierre Karl, arborant des chandails de hockey PKP, diront; « c’est les affaires, c’est normal d’être dur en affaires et d’avoir des hauts et des bas », excusant les lockouts, les paradis fiscaux, les mises à pied, le siphonage des deniers publics, le manque de vision, les échecs abyssaux, les dons électoraux fréquents au PLQ de Jean Charest, etc., etc.

Non content de l’empire qu’il possède déjà, PKP voudra peut-être utiliser les leviers du pouvoir pour assouplir encore davantage les règles (médiatiques, syndicales) et s’octroyant subventions et crédits d’impôt sous le couvert de politiques nationalistes, faisant en sorte qu’il pourra acquérir d’autres médias et renforcer une convergence monopolistique en devenir.
Pièces jointes
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Claude Gélinas, Éditeur
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